Exposer / Démontrer. Les écarts de la recherche en art. Journée d’étude.



Exposer / Démontrer. Les écarts de la recherche en art

Quand je dis que l’intérieur d’une noix ressemble à une praline, c’est intéressant. Mais ce qui est plus intéressant encore, c’est leur différence. Faire éprouver les analogies, c’est quelque chose. Nommer la qualité différentielle de la noix, voilà le but, le progrès.

Ponge, Méthodes (My creative method), Gallimard, 1961, p. 36.

Journée d’étude

Jeudi 23 juin et vendredi 24 juin 2016
Académie Royale des Beaux-Arts de Bruxelles
Pôle de recherche

Le pôle de recherche de l’Académie Royale des Beaux-Arts – Ecole Supérieure des Arts de Bruxelles, organise une journée d’étude le jeudi 24 mars 2016 sur le thème Exposer / Démontrer. Les écarts de la recherche en art.

Cette journée d’étude s’inscrit dans le cadre plus général d’un projet de résidence-laboratoire organisé par les doctorants en art et science de l’art de l’ED20 et des Ecoles Supérieures des Arts de la Fédération Wallonie-Bruxelles. La journée d’étude a pour objectif d’engager une réflexion sur les problèmes spécifiques que pose l’élaboration d’une épistémologie de la recherche en art, sa qualité différentielle, et les questions méthodologiques qu’elle soulève à travers la multiplicité des formes que cette recherche peut prendre.

Deux axes ont été retenus pour ces journées.

Dans un ouvrage récemment publié sur La recherche en art(s), Jehanne Dautray rappelait que ce qui la distingue de la simple pratique artistique « c’est précisément l’engagement de l’art par rapport aux savoirs »[1] et les manières dont elle peut en rendre compte.

A cet égard, une première direction consisterait à maintenir ouverte la question du rapport entre la pratique artistique et le travail théorique que requiert la recherche pour en préciser toutefois les contours actuels et les enjeux. Plus précisément, il s’agit de porter l’attention sur le sens et la nécessité de cet engagement pour mieux définir ce qui fait recherche et les implications éthiques, politiques et épistémologiques qui en résultent.

La relation des artistes aux savoirs et à la théorie a pu prendre, au fil de siècles, de formes diverses. Du traité aux entretiens, en passant par l’essai, le manifeste ou le livre d’artiste, l’étude, la correspondance ou le journal de bord, les artistes se confrontent à des champs de savoirs, souvent hétérogènes, pour élaborer des « objets théoriques et plastiques » dans les écarts et les vides épistémologiques de nos connaissances.

A ce titre, la proposition selon laquelle on ne pourrait poser la question de l’exposition de la recherche sans aborder celle de la position de l’œuvre et de l’artiste pourrait constituer un cadre heuristique aux interventions et discussions et permettre d’envisager plus particulièrement les formes d’écriture propices à cet engagement.

La recherche, l’expérimentation, le tâtonnement et la découverte précèdent logiquement le moment de la preuve, de la production finalisée, de l’explication et de la diffusion. Dès lors qu’elle entend s’exposer en train de se faire, la recherche en art déplace cette fonction démonstrative au profit de son exposition dont la fonction consisterait peut-être à rendre perceptible les opérations qui la constituent dans des formes qui les réfléchissent.

Le document et l’archive occupent ces dernières décennies une place de plus en plus grande dans les pratiques artistiques. Si le statut de l’œuvre s’en trouve problématisé dans le domaine de l’art, ce brouillage pose a fortiori une question à l’endroit même de la recherche et des éléments qui la constituent comme telle. Comment la recherche en art s’expose-t-elle si ce qu’elle montre remplit tout à la fois une fonction de documentation de ce qu’elle mobilise et produit et une fonction de démonstration de l’articulation qu’elle permet entre les opérations théoriques et pratiques ?

Il s’agit ainsi d’explorer les modalités d’exposition de la recherche en art en train de se faire, de donner à voir et à comprendre l’enchainement des opérations (théoriques, plastiques et pratiques) qui traversent des champs de savoirs selon des logiques complexes et singulières.

Les formes de l’exposition discursive aussi bien que matérielle de la recherche appellent dès lors l’élaboration d’une typologie visant à dégager les spécificités d’une épistémologie propre à la recherche artistique et dont plusieurs modèles servent parfois de référence, comme le modèle warburgien, le modèle rhizomatique et d’autres encore.

Cette journée d’étude entend donc mettre en perspective la double question de l’exposition de la recherche et sa fonction démonstrative et nommer ainsi sa qualité différentielle dans la configuration des savoirs contemporains.


Programme

Journée d’étude
Exposer/Démontrer. Les écarts de la recherche en art
23 & 24 juin 2016
ArBA-Esa (DAM Galerie)
144 Rue du Midi – 1000 Bruxelles

Jeudi 23 juin

13h30 Accueil, introduction
13h45  Vangelis Athanassopoulos : Recherche, discours et créativité
14h30  Mick Finch : Recherche : un mode d’emploi
Pause

15h30  Mylène Lauzon : La Bellone – un lieu de recherche et de réflexion artistique
16h00  Vanessa Brito : La recherche en art : reconfigurations du savoir et de l’enseignement
16h30  Initier la recherche en art : quelles modalités pédagogiques inventer ?
Bruno Goosse, Aurélie Gravelat, Nikoo Nateghian, Daniel Blanga-Gubbay (Aleppo)
Pause

17h20  Alain Ayers : How to crack a nut ?
18h00  Tables rondes — Lexique de la recherche artistique
18h45 Clôture

Vendredi 24 juin

9h00    Accueil
9h20    Christophe Alix : La recherche dans les écoles d’art britanniques : pourquoi et comment les méthodes scientifiques se sont-elles infiltrées dans la pratique artistique.
10h00 Cédric Loire : La recherche par l’art : construire des situations
Pause

11h00 Eric Valette : Artiste cherche chercheur 
11h40  Jehanne Dautrey : Exposer – sousexposer – surexposer : les gestes de la recherche en art
12h30  Discussion et synthèse
13h30  Clôture


Vangelis Athanassopoulos : « Recherche, discours et créativité »

Partant du caractère inséparable de la question de la recherche en art et de celle de son exposition, cette intervention se propose de synthétiser les deux questions en celle du discours. Sous ce prisme, tant la problématique de l’articulation entre pratique et théorie que celle de l’exposabilité/démontrabilité de la recherche se laissent traduire en termes de dispositifs de production et de diffusion de connaissances. En résumant, dans un premier temps, certains points polémiques liés au débat actuel autour des nouvelles « économies de connaissance » à l’intérieur desquelles l’art est appelé à s’inscrire, il s’agit, dans un second temps, de situer « ce qui fait recherche » en art dans un rapport créatif au savoir tel qu’il se dessine à travers Schnittstelle (1995) de Harun Farocki.

Vangelis Athanassopoulos est philosophe, historien de l’art et critique. Docteur en Esthétique associé à l’Institut ACTE (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne & CNRS) et membre fondateur de la revue en ligne Proteus, Cahiers des théories de l’art, il est l’auteur de La publicité dans l’art contemporain I. Esthétique et postmodernisme et La publicité dans l’art contemporain II. Spécularité et économie politique du regard, L’Harmattan, 2009. Plus récemment, il a codirigé avec Marc Jimenez le volume collectif La pensée comme expérience. Esthétique et déconstruction, Publications de la Sorbonne, 2016. Ses recherches en cours portent sur la conférence-performance contemporaine, la recherche artistique et les dispositifs spéculaires dans les arts visuels. Il prépare actuellement le n° 10 de la revue Proteus, consacré au Commissariat d’exposition comme forme de recherche, à paraître fin juin 2016.

Mick Finch: « Recherche : un mode d’emploi »

Présentation de la question de la recherche dans les perspectives institutionnelles – comment structurer une attitude et une méthodologie de recherche en rapport avec une pratique artistique ? En rapport avec ma pratique artistique propre, je vais montrer les rapports spécifiques des questions qui viennent de mon travail et comment je les structure comme projets pédagogiques et institutionnels à Central Saint Martins, où je travaille.

Mick Finch est un artiste qui est concerné par des questions picturales, entre peinture, photographie et collage. Il travaille à Central Saint Martins College of Art à Londres où il dirige le BA Fine Art et il est aussi le Reader in Visual Art Practice, qui est un poste de recherche. Il a vécu en France pendant 20 ans et il a travaillé aussi dans le système Américain.

Lauzon Mylène : « La Bellone – un lieu de recherche et de réflexion artistique »

Des questions pour un outil en développement : À quel moment de son parcours un artiste a-t-il besoin d’être en recherche ? Quelles conditions de recherche une institution peut-elle proposer aux artistes ? Quelles recherches une institution peut-elle soutenir ? Quelle relation établir entre les recherches des artistes et le monde ? Comment communiquer sur les recherches ? Comment ouvrir les espaces de recherche artistique ?

Mylène Lauzon est née à Montréal en 1975 et vit à Bruxelles depuis 2004. Elle a accompagné nombreux artistes scéniques en tant que dramaturge, a écrit des livres dont deux liés à des processus de création chorégraphique et dirige depuis février 2015 La Bellone – Maison du spectacle à Bruxelles.

Vanessa Brito : « La recherche en art : reconfigurations du savoir et de l’enseignement »

La position de l’artiste-chercheur peut sembler difficile à tenir. Comment penser ses apports en termes de connaissance ? Comment concevoir un rapport à la parole et à l’écriture qui ne soit ni explicatif ni démonstratif ? En établissant des parallèles avec la recherche en sciences humaines et sociales, je poserai l’hypothèse que le travail de recherche consiste moins à démontrer qu’à « faire bouger les repères à partir desquels les démonstrations s’opèrent » (Rancière). Admettre que la connaissance est « ce qui ne cesse de se modifier par un manque inoubliable » (De Certeau) nous pousse à chercher de nouvelles situations de travail, de nouvelles formes de partage et d’enseignement. À ce propos, je témoignerai de quelques expériences menées au sein du « Bureau des positions », l’un des projets de recherche en cours à l’ESADMM.

Vanessa Brito enseigne la philosophie à l’École supérieure d’art et de design Marseille-Méditerranée où elle coordonne le projet de recherche « Le Bureau des positions ». Docteur en philosophie de l’Université de Paris 8, elle a été chercheur post-doctorant à la Jan van Eyck Academie (Maastricht), puis chercheur attaché au Laboratoire d’esthétique de l’Université Nouvelle de Lisbonne, où elle a travaillé sur les politiques de l’art et de la littérature, les notions d’émancipation et de résistance et la figure de Bartleby. Ses travaux ont donné lieu à l’édition de deux ouvrages Becoming-major/ Becoming-minor (JvE, 2011) et Herman Melville : a vontade, as palavras e a acção (Vendaval, 2013).

Bruno Goosse, Aurélie Gravelat, Nikoo Nateghian, Daniel Blanga-Gubbay : « Initier la recherche en art : quelles modalités pédagogiques inventer ? »

« Document-monument »
De la même manière que l’on oppose un peu trop facilement pratique et théorie, il pourrait être tentant d’établir une distinction stable entre l’oeuvre d’art et les documents qui nous apportent des informations supplémentaires sur elle. Pourtant, déjà lorsque Panofsky établit cette distinction, il poursuivait sa réflexion en montrant qu’en fonction du contexte ces deux alternatives pouvaient échanger leur place : ce qui n’était que part supplémentaire devenait alors part essentielle, le sujet devenait simple supplément. Le module de recherche « document-monument » entendait expérimenter cette conversion des valeurs et des priorités en espérant un effet sur la possibilité de donner forme à ce qui apparaît en périphérie, la précipiter en un centre. L’intervention tentera d’en réactiver quelques lignes.
Bruno Goosse est artiste et professeur de cours artistiques à l’ArBA-Esa.

« Les intermédiaires »
Les intermédiaires, comme une fiction, ou une menace : ce(ux) qui pourrait(aient) expliquer – expliciter – l’oeuvre, ou ce qui fait oeuvre, ou encore le sens, unique, d’une exposition. Ce qui viendrait entre : entre l’oeuvre et sa réception, entre-prise (…). Faut-il énoncer ce qu’il y aurait à percevoir d’un travail, ou comment lire plus largement une exposition, les relations entre des oeuvres, des positions ? Est-ce que l’œuvre se donne d’elle-même ? N’y a-t-il pas des clés à proposer, des formes d’accompagnement nécessaires ?
Aurélie Gravelat est artiste et professeur de cours artistiques à l’ArBA-Esa.

« De la médecine à l’art : le langage du corps humain en arts plastiques »
Initier à la recherche en art à partir d’un dialogue entre la médecine et les arts. Retour sur une expérience pédagogique.
Nikoo Nateghian est artiste, doctorante à l’ArBA-Esa et à l’ULB. Elle réalise actuellement une thèse en art et science de l’art autour des « illustrations des manuscrits médicaux médiévaux musulmans, source d’inspiration pour une création contemporaine ».

Daniel Blanga-Gubbay est philosophe et professeur de cours artistiques à l’ArBA-Esa. Membre fondateur du projet Aleppo.

Alain Ayers : « How to crack a nut »

Alain Ayers est artiste, professeur invité des Ecoles Supérieures des Arts. Il a participé au Module de recherche « Justice : a fictive image » à l’ArBA-Esa en 2015. Il a été professeur à la Nottingham Trent University, directeur des post-diplômes au Camberwell College of Arts (CCW, Univeristy of the Arts London) et artiste invité à la Bergen Architecture School de Norvège. Membre actif dans le réseau ELIA pendant dix ans. Il sera prochainement en résidence à Casaplan, Valparaiso au Chili où il développera son projet Looking for Bolano, basé sur la nouvelle 2666.

Christophe Alix : « La recherche dans les écoles d’art britanniques : pourquoi et comment les méthodes scientifiques se sont-elles infiltrées dans la pratique artistique. »

Dans le système d’éducation supérieure anglo-saxon, que l’on tente d’intégrer dans le reste de l’Europe, l’art s’inscrit aujourd’hui dans une philosophie d’action où les chercheurs et enseignants en art sont incités à s’adosser à des modèles scientifiques existants ou au moins à démontrer un cheminement pratique dans leur recherche qui s’appuierait sur une combinaison d’objectifs à fixer et de méthodologies particulières pour y répondre. Force est de constater que si l’université britannique a développé, à travers plusieurs décennies d’expérience dans ce domaine, une approche pratique, pragmatique et réflexive dans le rattachement de la pratique artistique à la recherche, les artistes en dehors de l’institution n’ont pas toujours adopté cette manière de faire les choses. Cette présentation s’attachera plus particulièrement à voir comment le concept de « Practice as Research » soulève de nombreuses questions aussi bien institutionnelles qu’éthiques sur la manière de mener un projet de recherche artistique au sein d’une école d’art aujourd’hui.

Christophe Alix est artiste de la performance, chercheur et directeur de l’École Supérieure des Arts de l’Image Le Septantecinq (ESA LE 75) à Bruxelles. Titulaire d’une thèse de doctorat (Ph.D.) obtenue à Aston University (Birmingham), il a été maître de conférences en Études théâtrales et performances, ainsi que directeur de ce département, dans l’École des Arts et des Nouveaux Médias à l’Université de Hull en Angleterre entre 2003 et 2014.

Cédric Loire : « La recherche par l’art : construire des situations »

Cédric Loire enseigne l’histoire et la théorie des arts à l’École Supérieure d’Art de Clermont Métropole où il coordonne également la département recherche de l’école. Il est Membre de l’AICA (Association Internationale des Critiques d’Art) depuis 2004.

Eric Valette : « Artiste cherche chercheur »

Eric Valette est artiste. Il est enseignant chercheur en arts plastiques à l’Université de Picardie Jules Verne (Amiens, France). Son travail plastique utilise le plus souvent la vidéo montrée en installation, mais aussi le dessin et la performance. Il travaille actuellement au sein du collectif Suspended Spaces, au développement d’une recherche artistique et théorique (résidences, productions, expositions, éditions) à partir d’espaces marqués par les conflits et momentanément suspendus aux décisions politiques et économiques qui pourraient en fixer une représentation et un usage « décrispés ». Il collabore par ailleurs avec le chorégraphe Mauro Paccagnella (Compagnie Wooshing Machine – Bruxelles) avec qui il a réalisé deux performances-conférences et une installation vidéo.

Jehanne Dautrey : Titre à préciser

Jehanne Dautrey est philosophe. Ancienne étudiante de Gilles Deleuze et titulaire d’un Doctorat, elle a été Directrice de programme au Collège International de Philosophie de 2001 à 2007 dans le cadre duquel elle a monté le séminaire « Dispositifs artistiques, dispositifs de pensée » en collaboration avec l’ENSBA (Paris), consacré aux relations entre art et philosophie contemporaine. Elle est depuis 2009 professeur à l’Ecole Nationale Supérieure d’Art et de Design de Nancy où elle coordonne notamment la plateforme de recherche Artem. Elle a écrit avec de nombreux artistes (Musique architecture, Rue Descartes, 2007 ; Pavillon noir, Xavier Barral, 2007 ; Strange Design, du design des objets au design des comportements, IT, 2014) et dirigé plusieurs ouvrages et colloques consacrés à la recherche en art : Chercher sa recherche (PUL 2010) ; La recherche en art (éd. MF, 2010) ; colloque Art et recherche (MCC/ENSAPC/Ensa Belleville, 2012.


[1] J. Dautrey, La recherche en art(s), éditions MF, 2010, p. 36.


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Date / Heure
Date(s) - 23/06/2016 - 24/06/2016
9 h 00 min - 18 h 00 min

Lieu
ArBA-Esa (ArBA-Esa)
Rue du midi, 144
- Bruxelles

Catégories

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