Exposer / Démontrer. Les écarts de la recherche en art. Volet 1. Résidence Espace-intermédiaire


 ESPACE INTERMÉDIAIRE. Résidence-laboratoire de recherche artistique (AIRE)

Leurs livres ont bien quelque chose des nôtres, mais les mots sont en sens inverse. Je sais ça, parce que j’ai tenu un de mes livres devant la glace et ils en tenaient un de l’autre côté.

Lewis Caroll, Alice au Pays de merveilles et de l’autre côté du miroir, Gerard & Co, 1963, p.167.

La recherche en art bénéficie, depuis plusieurs années déjà, d’une attention croissante dans le monde artistique et académique, suscitant des multiples questions quant à la spécificité de ses méthodes et de ses résultats, son rapport aux savoirs ‘traditionnels’, ou bien, sa qualité différentielle vis-à-vis de l’art en général.

La pratique artistique étant au cœur de la recherche, elle ne constitue pas seulement le « sujet » d’étude, ou le résultat, mais aussi le moyen de production de la connaissance, recherche et pratique étant inextricablement liées. L’originalité de cette démarche réside précisément dans sa méthodologie, qui n’est autre que l’ensemble des travaux, processus et développements auxquels se livrent les artistes dans le cadre de leur propre pratique d’atelier – documentation, expérimentation, fabrication (création) des œuvres, etc. – ainsi que dans l’attention portée à la mise en forme des savoirs qui en résultent.

L’organisation institutionnelle de cette recherche, le « doctorat en art et sciences de l’art », est conçu sous la forme d’un « diptyque » ayant un versant « artistique » et un versant « théorique » fortement dissociés. La production artistique du doctorant est supervisée par l’école d’art et généralement valorisée dans les lieux et par les moyens habituels du monde de l’art, expositions, galeries. Quant à la production théorique, elle est principalement discutée et validée dans les espaces discursifs de type universitaire – colloques, journées d’étude, publications académiques et finalement la thèse écrite. Cette dissociation institutionnelle, symbolique et même géographique des lieux de la recherche en art maintient par inertie la dichotomie moderne entre l’imagination et la raison, le doctorant se sentant parfois pris au piège entre deux approches épistémologiques différentes.

Une des difficultés à laquelle le doctorant est confronté réside dans l’exigence de distanciation et d’objectivation discursive par rapport à sa propre pratique. Cette position est d’autant plus difficile à tenir pratiquement et éthiquement lorsque les processus qui interviennent déstabilisent l’ordre logique et discursif et qu’ils ne sont pas pleinement conscients ou intentionnels, le travail de création artistique devant se garder en réserve vis-à-vis des démarches interprétatives. Entre monstration et dé-monstration se produit donc une faille qui souvent donne lieu à un discours qui ressemble à celui d’une personne qui parle à son chat en faisant semblant qu’elle n’est pas là.

Conçu dans le sillage des expositions Sérendipité (2014) et The Cloud of Unknowing (2015)[1], le projet AIRE[2] émane d’une initiative des doctorants en art et sciences de l’art de la FWB en collaboration avec l’Académie des Beaux-Arts de Bruxelles, et a pour but d’ouvrir des nouveaux espaces de réflexions et dialogues pour et sur la recherche en art.

Ce projet repose sur la conviction qu’il est nécessaire d’offrir aux artistes qui mènent cette recherche, des supports adéquats pour l’articulation et la visibilité de leurs pratiques et mieux adaptés aux modes de pensée et de production qui leurs sont spécifiques.

En organisant de façon récurrente, chaque année, un événement sous la forme de résidence, de laboratoire, d’atelier ou de festival, ce projet entend d’instaurer un espace intermédiaire (mais aussi de médiation et de dialogue) entre les différentes structures de la recherche, où artistes, théoriciens et professionnels de l’art seront amenés à exposer et à confronter leurs pratiques et expériences, en réponse aux questionnements et aux dilemmes auxquels se confrontent les doctorants.

L’édition de cette année est conçue sous la forme d’une résidence-laboratoire organisée autour de l’idée « Exposer/Démontrer. Les Écarts de la recherche en art ». Pendant un mois, une douzaine des doctorants belges et internationaux investiront un espace commun en « exposant » leur pratique artistique en tant que telle et en tant que recherche. Se faisant, il s’agit de donner une articulation visible au contenu préréflexif et non-conceptuel de l’art, ainsi qu’au caractère dynamique et processuel de la création. Parallèlement au travail individuel de chaque doctorant, une réflexion commune sera proposée sur le principe de l’exposition comme dispositif de monstration de la recherche. Les « résultats » de cette recherche appliquée seront montrés lors de l’exposition qui clôturera la résidence.

Indissociable du monde de l’art et des pratiques contemporaines de la création, la recherche en art ne s’adresse pas seulement à une communauté d’experts, mais elle concerne également des publics plus larges. Conférences, tables rondes, performances et portes-ouvertes seront au programme tout au long du mois afin d’ouvrir davantage de dialogues entre praticiens, théoriciens, chercheurs ou professionnels de l’art et le grand public, et ce en étroite proximité avec le travail concret des artistes.

Programme

Teodora Cosman

Doctorante en art et sciences de l’art

ArBa-Esa/ULB

[1] Sur les expositions des doctorants voir www.ed20.hotglue.me.

[2] Une anagramme entre recherche en art et espace intermédiaire.


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Date / Heure
Date(s) - 04/03/2016 - 30/03/2016
0 h 00 min

Lieu
Espace Vanderborght (Espace Vanderborght)
Rue de l'écuyer, 50
1000 - Bruxelles

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