Colloque international « Créer au nom de quoi ? Le positionnement moral de l’artiste en question »


Colloque international « Créer au nom de quoi ? Le positionnement moral de l’artiste en question »

UCL, 11 et 12 mai 2015. Programme et argumentaire
 Affiche simpleAffiche avec programme

Créer au nom de quoi ? Le positionnement moral de l’artiste en question

Colloque international organisé par le groupe de contact FRS-FNRS « Esthétique et philosophie de l’art »

11 et 12 mai 2015, Institut supérieur de philosophie, Université catholique de Louvain

Programme définitif

Lieu du colloque

Salle du Conseil FIAL
Collège Érasme
Place Blaise Pascal, 1
1348, Louvain-la-Neuve (Belgique)​

Lundi 11 mai 2015 (9h30-17h30)

 

09h00-09h30 : Accueil des intervenants et introduction par Cécile Angelini et Oleg Lebedev
09h30-10h30 : Jacinto Lageira : « Liens normatifs et prescriptifs dans le pratico-moral et le pratico-sensible »
10h30-11h15 : Olivier Malherbe : « Art, morale et quasi-morale dans l’esthétique de Roman Ingarden »
11h15-11h30 : Pause-café
11h30-12h30 : Jean-Louis Comolli : « Filmer l’autre : une nouvelle dimension de l’éthique »
12h30-13h15 : Pauline Fonsny : « Politique et éthique du cinéma documentaire »
13h15-14h15 : Pause déjeuner
14h15-15h15 : Dialogue avec l’artiste Stephan Balleux
15h15-16h00 : André Duhamel : « Fucking Hell ou l’horreur parodique des frères Chapman »
16h00-16h15 : Pause-café
16h15-17h : Cesare Del Mastro : « Du mourir de la statue aux procédés justes de l’oblitération : Levinas face à l’œuvre de Sosno »
17h-18h : Projection du film de Jean-Louis Comolli, Fragments d’une histoire

Mardi 12 mai 2015 (9h30-17h30)

 

9h30-10h30 : Agnès Tricoire : « La dignité, l’œuvre, l’artiste et le juge. Cherchez l’intrus »
10h30-11h15 : Kizobo O’bweng-Okwess : « Le Nu dans la peinture de l’artiste Makungu Mankossy à Lubumbashi : posture morale et autocensure »
11h15-11h30 : Pause-café
11h30-12h30 : Thierry de Duve : « L’art, symbole du bien politique »
12h30-13h15 : Camille Prunet: « Art et biotechnologies. La valeur sacrée de la vie en question »
13h15-14h15 : Pause déjeuner
14h15-15h15 : Dialogue avec l’artiste Ann Veronica Janssens
15h15-16h15 : Marianne Massin : « Vertu(s) de l’écart artistique »
16h15-16h30 : Pause-café
16h30-17h : Projection de l’interview de l’artiste Michel François
17h-17h15 : Conclusions et clôture des travaux

 

Argumentaire

 La désuétude dans laquelle est tombé le mot de « morale », de même que les processus d’autonomisation et d’autotélisation de l’art depuis la modernité, semblent avoir rendu suspecte l’interrogation des liens entre dimensions éthique et esthétique de l’œuvre aujourd’hui. Depuis les années 1980, cependant, un tel débat paraît avoir refait surface, avec une production tant anglo-saxonne que continentale riche et variée, où toutes les possibilités logiques de connivence et d’opposition entre art et éthique ont été défendues. Ce fut alors l’occasion de traduire de l’anglais certains textes séminaux restés inédits jusqu’à récemment encore, de ressaisir les grandes configurations historico-conceptuelles de cette question, de défendre tantôt l’hétéronomie, tantôt l’autonomie de l’art, ou de prôner, au contraire, la parfaite stérilité d’une telle opposition. Moralité, responsabilité, pudeur, authenticité, injonction du réel furent autant de mots d’ordre pour tenter de résoudre ou de dépasser cette question. Mais si beaucoup de travaux récents ont été consacrés aux problèmes des critères normatifs d’évaluation de l’art en général et, au sein de ces problèmes, davantage aux arts dits « narratifs », avec une prédilection pour la littérature de fiction, la place accordée à l’œuvre visuelle singulière ou à l’approche de tel ou tel artiste plasticien ne semble pas avoir fait l’objet d’une analyse philosophique méthodique.

Partant de ce constat, nous souhaiterions à la fois interroger la manière dont un artiste se positionne moralement lorsqu’il crée et questionner la nécessité pour un spectateur, lorsqu’il juge, de tenir compte – ou non – d’un tel positionnement. Prenant pour point d’ancrage les arts visuels, nous nous demanderons comment il est possible d’appréhender le travail des artistes qui affirment, sans pour autant donner des leçons de morale ou politiser l’art, vouloir poursuivre des buts éthiques (même quand ceux-ci vont dans le sens d’une « neutralité » du regard). Plutôt que d’aborder l’art qui assène une thèse ou l’art engagé, il s’agira d’étudier la spécificité de ce que Didi-Huberman nomme une prise de position, laquelle ne se réduit pas au message ou à la transmission par l’artiste d’un programme à réaliser, mais correspond plutôt à la manière dont ses images modifient la configuration du monde qui prévalait jusqu’alors. Car l’artiste ne s’engage-t-il pas autrement qu’en prenant parti explicitement ou en décidant une fois pour toutes du discours à tenir ? Sans idée préalable en tête, l’artiste est alors celui qui mettrait en œuvre. une pensée critique dans sa pratique même et qui, volontairement ou pas, relancerait sans cesse la vulnérabilité du rapport entre liberté poétique et contrainte éthique. Plutôt que d’analyser de manière abstraite les rapports entre art et éthique, ce colloque entend interroger la manière dont tel ou tel artiste, à même la spécificité de son medium, a rendu possible, sinon nécessaire, un geste éthique-esthétique. Les manières de créer sont des manières de penser, par conséquent de juger, d’évaluer et de discriminer, de sorte que tout geste artistique, avec ou sans intention, comporte et s’ouvre sur un questionnement éthique. Dans les arts visuels, ces problèmes peuvent se traduire, par exemple, par ceux du regard « juste », de la « bonne » façon de montrer et de faire voir ou de la « bonne » distance à adopter.

En attachant une attention particulière aux dilemmes qui s’imposent aux artistes, il faudra étudier dans quelle mesure leurs convictions morales interviennent dans leur travail et comment les coordonnées d’un problème ou d’un contenu représentatif donné contribuent à façonner leur prise de position. En tant qu’artiste, quel point de vue revendiquer (instructif, neutre, critique) ? Quelle place propre occuper (affirmation ou effacement du créateur face à son oeuvre) ? Quelle place prévoir pour le récepteur (le mettre à distance, l’émanciper, l’éduquer, chercher sa participation active) ? Comment faire en sorte (du point de vue de la forme et du contenu) que « juste » de l’art soit aussi un art de la justice et de la justesse ? Mais aussi, comment s’assurer en dernière instance de l’impact de l’oeuvre sur le spectateur ? Ce qui se joue dès lors, c’est l’engagement de l’artiste à même sa pratique en ce que cet engagement comprend de lien ou de conflit – à moins que le conflit soit déjà une forme de lien – entre la responsabilité éthique et la liberté artistique. Plutôt que de l’approfondir, ce colloque se propose de dépasser l’antagonisme entre les « moralistes » et les « autonomistes » : par-delà le bien et le mal, il y a les dispositifs singuliers de mise en scène, d’exposition, de collage ou de montage qui ne cessent de lier et/ou de délier dans un même objet d’art les valeurs esthétique et morale.


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Date / Heure
Date(s) - 11/05/2015 - 12/05/2015
Toute la journée

Lieu
UCL (UCL)
Place Blaise Pascal, 1
1348 - Louvain-la-Neuve

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