Faire émerger l’en-corps : allers-retours des profondeurs histologiques à la surface incarnate

Judith Duchêne, acrylique sur non-tissés cousus, 122 x 100 cm., 2014

Judith Duchêne, acrylique sur non-tissés cousus, 122 x 100 cm., 2014

Ce projet de thèse s’articule autour d’une recherche plastique de la corporéité dans l’œuvre « en train de se faire »  qui se prolonge par la mobilisation de ressources théoriques pour penser  le geste créatif et les implications de sens de l’œuvre elle-même. Le travail plastique s’articulant autour de la recherche interne-externe / peau-organes du corps, la pratique même de sa construction – par la fragmentation et le montage – comme image/support marque intrinsèquement l’en-corps représenté.

Partant de  l’hypothèse que le processus d’ouvrage de l’œuvre est indispensable à la compréhension de son origine même et qu’il marque inexorablement ce qui est représenté, le cœur de cette recherche est à trouver dans l’ « œuvre en train de se faire ». C’est donc bien à partir de l’activité d’ouvrage, de façonnement que la compréhension de l’ « être-créé de l’œuvre » pourra se faire (Heidegger, 1980, 64). C’est bien au cours du processus même de création que l’œuvre devient réelle et prend place dans son existence (Heidegger, 1980).

Le compte-rendu du processus de création prendra donc une part essentielle pour laisser « parler » l’œuvre elle-même, pour témoigner de sa construction. Ainsi, le processus créatif sera-t-il amené à guider la pensée et ouvrir le cheminement du questionnement.

Dans le même temps que la construction du travail plastique interviendra un travail d’écriture venant consigner la mémoire de son élaboration, de son émergence. L’écriture elle-même sera recherche. Il s’agira d’élaborer une forme d’écriture qui s’adapte à la fugacité du geste créatif afin de pouvoir en rendre compte, une écriture qui se malaxe, qui se jouera des allers-retours, qui se permettra de revenir sur ce qui a été fait, quitte à le dédire. Une écriture aussi fragmentée, reliée, recomposée, couturée, superposée que le travail plastique lui-même. Une écriture qui se construira comme une œuvre, en même temps qu’elle.

L’analyse du processus de création ne peut se contenter d’une seule perspective. Il s’agit de croiser les pratiques pour affiner cette compréhension ; il s’agit d’opérer un décentrement. Pour ce faire, j’irai à la recherche de correspondances entre ma pratique et celles d’autres artistes contemporains. En mettant à profit les apprentissages méthodologiques de l’entretien (Kaufmann, 2007), je les questionnerai sur leur travail pour avoir une chance – par ces confrontations – de formuler quelques éléments d’une science de l’art qui non seulement interroge le processus d’avènement de l’œuvre, mais qui laisse place à ce qui se joue en elle. Il s’agira également d’élaborer une expérience / une expérimentation de « pensée par l’art » à partir des prises immanentes avec les œuvres ; et ce loin du clivage de principe entre « formes artistiques » et « formes historiques » (Alliez, 2013, p.IX).

La construction de ce savoir pratique – par l’analyse de mon propre travail créatif et la confrontation avec celui d’autres artistes – sera mise en dialogue avec les apports d’une approche philosophique et  anthropologique de l’image et de sa fabrication. L’analyse de l’image se fonde sur une configuration triangulaire entre l’image elle-même, le corps regardant et le médium regardé ; triangulation faisant ressortir l’indispensable fonction du médium-support de l’image pour que cette dernière puisse s’incarner, advenir, accéder à une visibilité (Belting, 2004).

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